L'église de Rimling, dédiée à St-Pierre comme de nombreuses églises dans la région a été construite au début du XVIIe siècle, sous légide du prêtre de l'époque, Jost BEYER. La construction de l'édifice débuta le 16 février 1614 et dura exactement 6 mois et 8 jours, pour se terminer le 24 août de la même année.

La construction s'est faite grâce à l'aide de Johann et Jacob Zoller, Nicolas Zintz, Marx Frentzel, Nikolaus Rimlinger, Antonius Adam et Wolff Walther Müller comme cela est mentionné sur la pierre fixée au mur du clocher, à droite en entrant.

Rimling faisait partie de 1600 à 1632 du comté de Bitche; dans notre diocèse, toutes nos paroisses dépendaient de l'archidiaconné de Sarrebourg. Faisant partie du canton de Volmunster, la paroisse de Rimling dépendait de l'archiprêtré de Hornbach. Toutes les paroisses de la région ont été perturbées par la Réforme protestante, la Réforme catholique ou Contre-Réforme ainsi que la Révolution.

L'église de Rimling est devenue indépendante de son église mère de Bettviller, en 1702, une décision attendue par toute la population.

L'édifice a été restauré en 1731, comme le montre une inscription sur la façade sud de la nef: READIFICATUM AN/DNI 1731

La construction d'une nouvelle église devenant bientôt nécessaire car l'église existante n'arrivait plus à contenir tous les paroissiens, c'est plutôt le projet d'agrandissement qui fut retenu.

Le curé Mercenier, curé de la paroisse de Rimling de 1728 à 1774, savait très bien que selon un vieux principe le couvent de Hornbach subviendrait à la construction de la nef mais que le clocher et le choeur seraient du ressort des paroissiens et du curé. Comme le vieux clocher resterait en place, le curé comprit que la charge de la construction du choeur lui incomberait à lui tout seul, car il n'avait rien à attendre des paroissiens.

C'est alors que le curé eut la malheureuse idée d'éxécuter le projet, contrairement aux instructions épiscopales, avec un volume inférieur, afin que les moyens financiers alloués par le couvent suffisent sans sa propre participation financière; cela devait lui attirer de réels ennuis... Il est étonnant que des années durant, on ne s'aperçut pas que l'église n'avait pas les dimensions prescrites. Peut-être avait-il prévu de faire valoir l'astuce qu'il ne savait pas si l'évêque avait utilisé les mesures allemandes ou françaises. L'affaire ne devint en tout cas publique qu'à partir du moment où l'étroitesse croissante de l'église ne permit plus de différencier son agrandissement. Le chiffre de la population de la paroisse, dont faisaient également partie un moulin et deux fermes, avait tellement augmenté que l'évêque Claude de Saint-Simon en ordonna l'agrandissement en 1741.

Rapidement, le curé Mercenier eut des remords et voulut réparer, payer les dommages causés, mais à sa mort, en 1774, il ne s'était pas encore acquitté de sa promesse.

Les autorités de Zweibrücken dont dépendait le couvent de Hornbach firent prendre les dimensions de l'église. Constatant qu'à l'époque, l'église avait été insuffisamment agrandie et que l'administration princière ainsi que l'évêché avaient été abusés, ils décidèrent donc de s'en prendre à l'héritage du curé Mercenier. Mais ce dernier avait déjà rédigé dans son testament que son argent serait destiné à la création d'un hospice pour pauvres. On ne pouvait donc mettre la main sur cet héritage.

De nouveaux plans d'agrandissement furent établis conformément au plan de l'église de Medelsheim, mais ces projets échouèrent car une nouvelle église ne pouvait pas être construite tous les 40 ans.

La décision d'agrandissement de l'église en fonction des plans de Medelsheim est toujours vérifiable, car de nombreux plans de l'église portent l'inscription : "Plan von der Rimlinger Kirche nach dem Medelsheimer Plan". De nos jours, on peut encore remarquer dans l'église les différents agrandissements effectués, grâce à l'épaisseur des murs. En effet, l'ancienne église s'arrête au niveau de la 2e ou 3e fenêtre. C'est à cet endroit précis, que de nombreuses personnes ont été enterrées, et notamment le curé Pierre Mercenier.

En 1756, les paroissiens de Rimling demandent à ce que leur sacristie et le cimetière soient déplacés car ils sont situés dans une zone très humide (façade nord). Les ornements sacerdotaux y périssent en raison du froid et de l'humidité. Une demande a donc été faite pour déplacer la sacristie sur le côté soleil (Sud-Est). C'est ainsi que Mme Anne-Marie Schneitz cède une de ses parts du jardin en échange d'une décharge d'une rente annuelle d'une livre d'huile.

Suite à la visite du prêtre, curé du diocèse, commissaire en cette partie, il est décidé de déplacer la sacristie. Le nouvel emplacement serait plus aéré et bénéficierait du soleil presque toute la journée. De plus, les effets, ornements, meubles de l'église seraient en plus grande sécurité car cette nouvelle sacristie se rapproche davantage des maisons. De fait, le jardin de Mme Schneitz conviendrait très bien. Un problème demeure tout de même: le financement de cet agrandissement car le village est très pauvre! Les choses finiront par se faire car depuis 1756, la sacristie se situe du côté droit de l'église (Sud).

Aujourd'hui, on peut encore remarquer l'emplacement de l'ancienne sacristie, car une niche abritant une Piéta se situe dans l'église sur le côté gauche (Nord).

Une Chance…Une Opportunité…Une Passion

Le patrimoine possède une valeur pour ses caractéristiques propres et aussi pour ce qu’il évoque et représente. Si nous souhaitons le conserver, il a besoin d’être protégé, car la perte du patrimoine est la perte d’une part de notre identité. Il est souvent fragile, vulnérable et parfois même menacé de disparaître pour différentes raisons : son âge, les phénomènes de modes, le changement de mœurs, le mauvais état des structures, l’ignorance voire l’indifférence ou la moquerie…

La préservation du patrimoine comme celle de l’environnement devient depuis quelques années un enjeu mondial synonyme de responsabilité envers les générations futures. Cet engagement de sauvegarde de  notre patrimoine est parfois sujet à controverse, à des interrogations et à des débats très contradictoires.

Mais pour la plus grande majorité d’entre nous, le sauvegarder est essentiel si on veut conserver notre histoire, notre culture et les monuments historiques ne manquent pas dans notre pays. De nombreuses initiatives ont vu le jour que ce soit à l’échelle nationale ou locale…

La France comptait en 2017, 45 285 monuments historiques protégés dont 31 568 inscrits et 13 517 classés. Parmi ces monuments 62% représentent des monuments religieux…Nous avons cette chance de posséder 4 monuments  qui se trouvent dans notre église. La Chaire à Prêcher, l'Autel, le Tableau de St Pierre, la Piéta, s'ajoutent dans le répertoire les statues de St Pierre, St Etienne, et bientôt les statues de... St Antoine, la Vierge, les consoles

 

Au préalable, il y a lieu de rappeler que les municipalités précédentes de par leur réaction, leur réactivité etleur décision après la réforme liturgique de Vatican II, où de nombreuses pièces, de meubles ont été « perdus », saccagés voire détruites, ont sauvé in extremis certains des mobiliers de l’église, de même que les anciennes pierres tombales ornant l’entrée de St Pierre lors du transfert du cimetière. Leur action fût primordiale et salutaire !

Rimling, possède malgré tout un riche patrimoine, principalement en mobilier.  A nous de saisir cette opportunité pour le  valoriser, l’immortaliser en quelque sorte, il reflète la vie de notre village, son histoire et son identité.  Nous créons de par notre action un lien entre le passé, le présent et l’avenir. La perte ou les dommages de tels biens nous appauvriraient culturellement et intellectuellement.  

En rentrant dans l’église, que l’on soit chrétien, croyant, pratiquant ou non, athée ou monothéiste, moniste ou de quelque obédience que ce soit , chacun aura un ressenti, une vue peut-être différente…

Tout visiteur ou pèlerin, dira que ce patrimoine s’insère dans la culture de notre village, de notre contrée…

Le tableau du reniement de St Pierre, (1846 Sellenmeyer), le Maître Autel attribué comme la chaire à prêcher au sculpteur Jean Matersteck (1739-1741), la Piéta du XVème sculptée dans du noyer, les consoles et les différentes statues dans le chœur aident chaque visiteur, chaque pèlerin, à percevoir l’indicible à l’invisible. Le langage des pierres comme l’ancien autel en gré sous le Maitre Autel, la transcendance de la beauté de l’artiste connu ou méconnu, identifié ou anonyme, continueront à émouvoir et à interpeller. En évoquant justement ce patrimoine un philosophe a écrit « la contemplation d’objets d’art ou la fréquentation de lieux à l’écart du monde peuvent pour certains évoquer ce qui dépasse le monde ».

 

Découverte d’un ancien autel dans notre église (Christophe BONNET)

Nous savons tous que l’église de Rimling a subi de nombreuses et importantes modifications au cours des derniers siècles. En 1731, les travaux conduits sous le prêtre Pierre Mercenier (1699-1774) ont permis grâce à sa volonté et à ses stratégies financières et politiques de transformer l’église de Rimling en un véritable « bijou ».

Il a su trouver les moyens pour l’agrandir et recouvrir l’intérieur de stuc. Il fait plaquer sur le plafond les armes (blason) du Duc de Deux-Ponts dont il a le soutien ainsi qu’un médaillon contenant les deux clés de l’apôtre Pierre, hommage au saint patron de l’église de Rimling. En 1739, il enrichit le décor intérieur d’une pièce maîtresse, le maître-autel tel qu’il se présente encore aujourd’hui. Au fil des années, chaire, confessionnaux, bancs complètent la majesté des lieux.

Malheureusement les destructions occasionnées par les combats durant l’hiver 1944/1945 ainsi que les réformes du concile du Vatican II ont fait disparaître bien de décors de notre église.

 

Mais intéressons-nous maintenant à l’église telle qu’elle existait avant les grands travaux de 1731.  Que reste-t-il de notre antique église ?

1.Deux autels datés de 1706

En 1706, le premier curé de Rimling Antoine Georgen bénit deux autels dont il est le commanditaire ; il prend bien soin de faire graver dans le mobilier son nom et son statut de premier curé de la paroisse.  Les œuvres sont relativement modestes et adaptées aux proportions de notre petite église. Les deux autels ont été vendus suite à l’agrandissement de l’église en 1731. Il y a quelques années grâce aux inscriptions gravées sur les œuvres, les deux autels ont été retrouvés et identifiés dans la chapelle Saint-Laurent d’Eschringen près d’Ensheim en Sarre où ils s’y trouvent encore aujourd’hui.                                                             

                       

2.Les bases de la tour clocher

La stèle en grès qui se trouve actuellement à l’entrée à droite sous le clocher est un des plus anciens témoignages de notre église. Elle nous indique les noms des personnes qui ont contribué à la restauration et non à la construction de la tour clocher en 1614. On peut facilement en déduire que les bases de la tour clocher datent d’avant le  XVIIe siècle.

 

3.L’œil Eucharistique : l’oculus

Derrière le maître-autel actuel se trouve emmuré un tabernacle en grès taillé mesurant environ 1m20 de haut, 90 cm de large et 50 cm de profondeur fermé côté intérieur par une magnifique porte en fer forgé et du côté extérieur se trouve une petite lucarne dite « Œil Eucharistique » en grès des Vosges à travers lequel les passants pouvaient voir et adorer le ciboire conservant les hosties. L’intérieur était illuminé par une lampe à huile. On ne trouve ces tabernacles que dans les vieilles églises datant de la période antérieure au XVIIIe siècle.                                             

 

 

4.Un nouvel élément de l’église antique ?

Une belle découverte : un autel en pierre de taille se cachait sous nos yeux

En début janvier 2021, l’entreprise chargée de la restauration du panneau représentant la Cène intégrant la face avant du maître-autel a dû procéder à l’enlèvement d’une partie de l’habillage en bois. C’est en démontant les différents éléments qu’est apparu un autel en pierre de taille. La table en grès des Vosges ainsi dévoilée présente une tranche sculptée sur tout le pourtour. La surface du dessus est lisse voire polie.

D’une dimension imposante (2m 45 de longueur, 1m 20 de largeur et 30 cm d’épaisseur) la table pèserait près de 2 tonnes. Celle-ci repose sur des moellons à la fois en grès et en calcaire maçonnés de façon assez grossière le tout recouvert d’un crépi à base de sable rouge et de chaux. La face avant du support présente une surface plane alors que dans le milieu de la face arrière on peut constater un renfoncement d’une largeur de   94 cm, d’une hauteur de 110 cm et d’une profondeur de    31 cm.

Il est évident que cet autel a servi à soutenir le retable de 1739 mais date-t-il de cette même période ? A-t-il servi d’autel avant la pose du maître-autel ?

On peut émettre plusieurs hypothèses :

  1. L’autel en pierre est peut-être un autel provisoire en attendant la mise en place du maître-autel commandité par Pierre Mercenier. Il daterait alors de 1732 (fin des gros travaux).
  2. L’autel en pierre est uniquement une pierre de soutènement du nouveau retable. On peut en douter. Se donnerait-on autant de mal à sculpter une pierre en grès de cette taille et à rendre sa surface aussi lisse pour ensuite la recouvrir de boiseries ?
  3. L’autel en pierre existait déjà dans l’ancienne église et a été déplacé dans le chœur comme l’a été d’ailleurs le tabernacle (l’oculus) lors de l’agrandissement en 1731.

Les deux vont de pair et il n’est pas impossible qu’ils aient été maçonnés dans le nouveau chœur au même moment. Si c’était le cas, la table d’autel daterait du début du XVIIIe siècle voire du XVIIe siècle à savoir qu’en 1603* un autel existait déjà dans l’ancienne église.

D’après les membres de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) de Metz, le renfoncement à l’arrière de l’autel ainsi que la niche (h : 120 cm, largeur : 56 cm, profondeur : 43 cm) dans le mur juste en-dessous du tabernacle (oculus) servaient à ranger des ornements sacerdotaux et les vêtements liturgiques du prêtre à une époque où il n’y avait pas encore de sacristie. Cela nous ramènerait là aussi à une période antérieure aux travaux d’agrandissement de 1731.

Même si la 3e hypothèse est la plus plausible, il serait risqué de prendre position trop hâtivement car cette découverte récente demande des informations et des réflexions  supplémentaires et surtout du recul. Il serait bon d’étudier d’autres autels de la région datant de la même période comme ceux de Gros-Réderching et de Rahling pour nous donner une idée plus précise.

 

L’action de la Municipalité…avec comme partenaire le Conseil de Fabrique…

L’idée et la volonté de réhabiliter, de préserver son patrimoine germent depuis de nombreuses années. Après la restauration récente en 2017, du tableau central de l’autel représentant St Pierre, le conseil municipal et le conseil de fabrique unissent en ce moment même leurs efforts pour restaurer la chaire à prêcher et la Ste Cène du maître-autel. Dès le mois de février prochain commenceront les travaux d’assèchement des murs de la nef suivi d’une mise en peinture.

Cet investissement a été approuvé, soutenu et donc voté à l’unanimité au sein du conseil municipal comme au conseil de fabrique.

Les travaux sont conséquents certes mais heureusement passionnants !

En raison de l’importance du projet, un appel de dons est toujours en cours soit à la Fondation du Patrimoine ou au Conseil de Fabrique.

Grâce à vous, avec le soutien, la générosité, de vous tous, ce dont nous vous en remercions vivement,  nous défendons ce patrimoine vieux de près de 4 siècles dans sa spécificité et sa richesse.

Le faire aimer, l’étudier, le préserver, telle est l’ambition qui nous anime. Le faire découvrir et le partager avec le plus grand nombre tel est l’objectif que nous poursuivons au sein de la Municipalité et du Conseil de Fabrique. Les Architectes des Bâtiments de France, les responsables de la DRAC,  de la Fondation du Patrimoine, les conservateurs et restauratrices, le diocèse,  sont convaincus de la beauté artistique et architecturale de ces mobiliers et persuadés que l’investissement en cours aura un écho positif pour le développement culturel, intellectuel voire économique de notre commune et de notre région.

Le patrimoine de notre village ne se limite pas qu’au « religieux », les projets de sauvegarde, de préservation de celui-ci dans toute sa diversité pour les années à venir seront tous passionnants à faire valoir.